S'il y a une chose que je retiendrai de ce pèlerinage à Lourdes, c'est que les plus grands cadeaux ne sont pas toujours ceux que l'on attend.
J'ai choisi de faire seul le chemin de croix. Je l'ai parcouru pieds nus, en prenant le temps de lire chaque station et de méditer sur la Passion du Christ. Au début du parcours, des escaliers : si on le souhaitait, on montait les marches à genoux, jusqu'à arriver devant la statue de Jésus. Je n'osais même pas le regarder. Si c'est prenant, je vous invite à le faire. Puis, en arrivant près de lui, j'ai ressenti une paix immense. Les larmes sont montées et, dans mon cœur, je lui ai demandé pardon avant de lui offrir une étreinte. Ce moment restera gravé en moi.
À la fin du chemin, je me suis aperçu que j'avais perdu mon chapelet, gravé du prénom de mon grand-père, acheté la veille. J'ai alors décidé de refaire tout le parcours pour le retrouver. J'abordais chaque personne sur mon chemin, déterminé, même si je sentais que je n'allais pas le retrouver. Quand je tombais sur un anglophone, je sortais un autre chapelet, je le faisais tomber et je disais « you not see this? » (catastrophique, mais drôle).
En refaisant le même discours, un pèlerin anglais a fait demi-tour et a décidé de m'aider, retournant sur ses pas. Durant ce chemin, il a débité en anglais ; j'avais l'impression d'avoir Eminem à côté de moi. Mais à la question « Pourquoi Lourdes ? », il m'a répondu que grâce à elle, il avait appris à penser et à parler davantage avec son cœur qu'avec sa tête. Que la vie n'est pas acquise, qu'il faut la vivre sans regret. Et qu'il est tellement reconnaissant du cadeau qu'est la vie : depuis, il remerciait chaque jour pour le fait de respirer, de voir…
Nous n'avons jamais retrouvé le chapelet. Plus tard, d'autres pèlerins m'ont dit une phrase qui m'a profondément touché : « Peut-être que ton grand-père a fait le chemin avec toi et qu'il a voulu rester ici. » D'autant plus que, quand je l'avais choisi, je sentais qu'il n'était pas fait pour moi, mais pour mon grand-père, et son chapelet est resté là-bas. En racontant cette histoire à la dame qui m'avait gravé le chapelet, elle m'en a offert un autre, qu'elle a choisi elle-même, en y gravant aussi son nom. Cette fois-ci, je sentais qu'il était fait pour moi. Cela m'a beaucoup touché : une journée de bouleversement, qui montre que Dieu est là, aussi en chacun de nous.
Le lendemain, j'ai décidé de distribuer de petits messages d'espérance accompagnés d'une parole de l'Évangile. Une dame, très émue, et son ami ont décidé, devant ce geste, de raconter l'histoire de ce dernier. Les médecins lui avaient annoncé qu'il ne lui restait qu'une semaine à vivre à cause d'un cancer du foie. Malgré les mises en garde, il s'était senti appelé à partir en pèlerinage à Jérusalem. À son retour, contre toute attente, il n'y avait plus aucune trace de la maladie. Depuis ce jour, il a choisi de visiter les lieux où des miracles ont eu lieu, pour remercier Dieu et témoigner de ce qu'il a vécu.
P.-S. : c'est par ce genre de rencontres que la foi nous fait grandir, personnellement et spirituellement. Je vous invite à aller vers les gens, car chaque personne a son histoire. Depuis, je suis resté en contact avec cette dame, avec de très beaux échanges. Une nouvelle amie.
Ces deux expériences m'ont profondément marqué. Elles m'ont rappelé que Lourdes est un lieu où l'on reçoit bien plus que ce que l'on vient chercher. On y découvre une fraternité qui dépasse les langues, une hospitalité extraordinaire et une foi qui redonne espérance. Je suis revenu avec la conviction que chaque jour est un cadeau et qu'il ne faut jamais cesser de remercier pour le simple fait de vivre.